
Où doit se placer un manager pour mieux piloter son équipe ?
Où doit se placer un manager pour mieux piloter son équipe ?
Temps de lecture :
5 minutes

Quelle est la bonne place pour un chef ?
Est-ce qu’il doit être devant, au plus près de l’action, pour voir ce qui se passe ? Ou plutôt en retrait, pour garder une vision d’ensemble et ne pas se faire aspirer par les détails ?
En réalité, il n’y a pas une réponse qui marche à chaque fois.
La place du chef dépend du terrain, du moment et surtout de l’endroit où il peut avoir le plus d’impact sur la performance de son équipe.
Et cette place peut changer plusieurs fois au cours d’une même mission.
Une mission au Mali pour comprendre la place du chef
Je vais prendre un exemple très concret, tiré d’une mission que j’ai réalisée au Mali et dont la vidéo est disponible sur le YouTube JH Leadership.
Nous étions à Tombouctou. Notre mission était d’intervenir sur une habitation dans laquelle se trouvait un terroriste. Nous nous sommes infiltrés de nuit, en toute discrétion, pour arriver au plus près de l’objectif.
Le groupe était en place, prêt à rentrer.

À ce moment-là, où doit se placer le chef de groupe ?
Tout devant ? Tout derrière ? Ou quelque part au milieu ?
La réponse paraît simple quand on regarde la situation de loin. Mais sur le terrain, chaque position apporte des avantages et aussi des problèmes.
Être devant : voir l’action, mais perdre la vision d’ensemble
Se mettre devant peut sembler logique.
Le chef voit directement ce qui se passe. Il est proche de la porte, proche de la menace et il peut agir tout de suite si quelque chose se produit.
Mais il y a un risque important : il finit par faire le travail de l’équipier de tête.
L’équipier placé devant doit observer une toute petite partie du terrain. Il regarde la porte, une fenêtre, un mouvement ou un bruit. Il cherche un détail qui peut annoncer un danger. C’est sa mission et il doit être entièrement concentré dessus.
Si le chef prend cette place, il va lui aussi se retrouver absorbé par ce détail.
Pendant ce temps-là, il ne voit plus forcément le reste du groupe. Il entend moins les informations venant de l’extérieur. Il ne peut plus rendre compte correctement à ses supérieurs. Il perd une partie de sa capacité à coordonner.
Il est dans l’action, oui. Mais il n’est peut-être plus vraiment dans son rôle de chef.
Être trop loin : avoir du recul, mais ne plus sentir le terrain
À l’inverse, le chef peut choisir de rester tout à l’arrière.
L’avantage, c’est qu’il est moins pris par l’action immédiate. Il peut essayer de garder une vision globale et rester disponible pour communiquer avec ses supérieurs.
Le problème, c’est qu’à trop s’éloigner, il ne sait plus vraiment ce qui se passe devant.

Les informations mettent du temps à remonter. Elles peuvent être incomplètes ou déformées. Le chef prend alors ses décisions avec du retard, parfois avec une vision qui ne correspond déjà plus à la réalité du terrain.
Et ça, les équipiers le sentent très vite.
Ils voient que leur chef ne comprend pas totalement ce qu’ils vivent. Ils peuvent avoir l’impression qu’il décide de loin, sans mesurer les conséquences concrètes.
À force, cela peut créer de la frustration et une perte de confiance.
Une position centrale pour mieux coordonner l’équipe
Pendant cette mission, j’avais choisi une position plutôt centrale dans le groupe.
Pas parce que cette place est toujours la meilleure. Mais parce qu’à ce moment précis, elle me permettait de remplir mon rôle.
Je pouvais me déplacer rapidement vers l’avant si la situation l’exigeait. Je pouvais aussi reprendre du recul si j’avais besoin de voir plus large. J’étais protégé par le reste du groupe, tout en restant assez proche pour sentir ce qui se passait.
Surtout, je pouvais recevoir et transmettre les informations.
Un drone placé au-dessus de la zone nous renseignait, notamment sur la présence d’une personne qui dormait sur un toit. Le centre des opérations devait également nous donner le top départ pour entrer dans le bâtiment.
Ces informations, c’était au chef de les recevoir, de les comprendre et de les transmettre au bon moment.
Si je m’étais retrouvé concentré uniquement sur la porte, personne n’aurait assuré correctement cette coordination à ma place.
Mon rôle n’était donc pas d’enfoncer la porte ou de rentrer le premier. Des équipiers étaient formés pour le faire et ils savaient très bien le faire.
Mon rôle était de leur donner les bonnes informations, de coordonner l’ensemble et de créer les conditions pour qu’ils puissent réussir leur mission.
La place du chef n’est jamais fixe
Il ne faut pas retenir de cet exemple que le chef doit toujours être au milieu.
Ce serait trop simple et surtout faux.
Pendant la préparation de la mission, le chef peut avoir besoin de prendre du recul pour organiser, anticiper et vérifier que tout le monde a compris.
Pendant une phase de déplacement, il peut se placer au centre pour conserver les liaisons avec l’avant, l’arrière et ses supérieurs.
À un autre moment, il devra peut-être avancer pour comprendre un problème ou prendre directement une décision.
Puis reprendre de la hauteur une fois le point dur passé.
La bonne place évolue avec la situation.
Un manager doit aussi trouver sa juste place
Dans une entreprise, le sujet est finalement assez proche.
Certains managers restent trop loin du terrain. Ils reçoivent des tableaux, des comptes rendus et des indicateurs, mais ils ne voient plus la réalité du travail. Quand un problème arrive, ils le découvrent tard et prennent leurs décisions avec des informations partielles.
D’autres managers passent tout leur temps dans l’opérationnel.
Ils répondent aux mails de l’équipe, interviennent sur chaque dossier, règlent tous les petits problèmes et finissent parfois par faire le travail de leurs collaborateurs.
Sur le moment, ils ont l’impression d’aider. Mais pendant qu’ils font ça, qui coordonne l’ensemble ? Qui prépare la suite ? Qui reste disponible pour les autres membres de l’équipe ? Qui communique avec la direction ?
Le chef doit parfois mettre les mains dans le cambouis. Bien sûr.
En cas de coup dur, il doit être présent. Il doit soutenir son équipe, comprendre ce qui bloque et agir assez vite.
Mais il ne doit pas rester en permanence à la place de ceux qui font.
Son travail, c’est aussi de coordonner, de décider, d’anticiper et de permettre à chacun de tenir son rôle.
Comment savoir si vous êtes à la bonne place ?
Il n’y a pas de règle absolue. Mais il y a une question qui peut aider :
Est-ce que je suis actuellement à l’endroit où j’ai le plus d’impact sur la performance de mon équipe ?
Si vous êtes plongé dans une tâche qu’un collaborateur maîtrise déjà, peut-être que votre place est ailleurs.
Si votre équipe affronte une difficulté et que vous restez loin sans comprendre ce qu’elle vit, peut-être qu’il faut vous rapprocher.
Si vous êtes le seul à pouvoir recevoir une information, faire un arbitrage ou donner un cap, vous devez rester disponible pour le faire.
La place du chef, ce n’est donc pas forcément devant. Ce n’est pas non plus derrière.
C’est la place qui permet, à cet instant, d’aider toute l’équipe à mieux réussir.









